Joseph Ducasse, dit Sejoe, est un humoriste qui s’est forgé à force de détermination et de blagues. Présent en Haïti dans le cadre de la deuxième édition du festival du rire : Lol Fest, il a livré de belles performances composées des différentes blagues de son répertoire. À la rencontre de Sejoe, un artiste qui ne vit que par et pour le rire.

Né à Brooklyn mais élevé en Haïti, Sejoe a effectué une partie de sa scolarité chez Jacqueline Turian et à l’institution St-Louis de Gonzague: rue du Centre et Delmas (tient-il à préciser) avant de quitter le pays pour le sol de sa naissance, en 2001. Le moment d’entamer ses études supérieures reste l’un des tournants décisifs dans sa vie. Au lieu de la médecine, il choisit la biologie et continue parallèlement à parfaire son art de la scène et de l’humour. “Je pouvais faire la médecine, mais j’ai regardé la réalité d’Haïti et me suis demandé pourquoi ne pas me rendre utile en faisant rire et en diffusant la bonne humeur plutôt que de suivre une voie qu’on avait voulu me tracer […] En Haïti, il y a des centaines de médecins mais pas d’hôpitaux, des centaines d’avocats mais la justice est toujours dans un état pitoyable, des centaines d’ingénieurs mais à chaque cyclône ou désastre, c’est toujours la même configuration où l’on en revient à quémander de l’aide, etc.”, explique-t-il pour justifier son choix.

Il est vrai qu’il a toujours aimé faire et écouter des blagues dès son plus jeune âge. Mais son aventure comme humoriste tel que nous le connaissons maintenant allait véritablement débuter lorsqu’il a commencé à lancer des vidéos de blagues sur Internet. Depuis, sa popularité et son travail n’ont cessé de croître. Il estime se rendre ainsi utile à la population et en prend conscience à travers le feedback positif qui lui arrive. Il cite son arrivée à l’aéroport pour venir au Lol Fest comme exemple : “ Depi lè m ateri jiskaske m rive nan otèl la, moun yo ban m lòv la. Depi se kote yo wè m, yo kontan”.

Selon lui, apporter du rire et être un anti-stress, c’est très bénéfique à la société haïtienne telle que constituée. “ Je suis comme un anti-stress. Dans un pays comme Haïti, si tu ne te défoules pas en riant, se kòmsi w t ap toufe”, nous sort-il en anglais pour expliquer sa conception du rire, paraphrasant également du coup Malcom X qui avait prononcé des paroles similaires pour les États-Unis.

Si sa notoriété a été construite grâce à ses blagues qui, pour la plupart, sont devenues virales sur internet, Joseph Ducasse a un discours très critique autour de la gestion qui est faite des réseaux sociaux. “Je n’affiche pas ma vie, mais mon travail,”, explique celui qui s’est décrit comme quelqu’un de protecteur par rapport à sa vie privée. Il estime d’ailleurs qu’il est quasiment impossible de trouver de quoi faire un drama sur lui, sur les réseaux sociaux.

Avec plus de trente mille abonnés sur Instagram et soixante-sept mille sur Facebook, Sejoe dont le surnom provient justement de son prénom a gardé son humilité. Pour lui, l’important c’est de faire de l’impact sur les gens. En ce qui a trait à son inspiration, il soutient qu’elle lui vient de la vie de tous les jours : des conversations qu’il a, des rencontres qu’il effectue, etc. Il suffit qu’il soit en contact avec un fait pour qu’il soit quelques instants plus inspiré, affirme-t-il.

Outre la comédie, Joseph Ducasse est un touche-à-tout. Il joue tour à tour au producteur, au réalisateur de court-métrage, au monteur et à l’auteur. Mais sa spécialité comme humoriste, c’est de l’Edu-tainement. Le principe de ce concept, éduquer en disant des blagues. “ Beaucoup de mes blagues font réfléchir”. Il est notamment le maître à penser de la rubrique Word of the day, dont le procédé consiste à enseigner le créole aux gens en utilisant la musique hip hop. Le principe étant d’énoncer un mot créole, le définir en anglais puis donner une phrase en exemple, le tout avec des instrumentales hip hop en back ground. Une initiative qui lui a valu un article du magazine hip hop Vibe Magazine.

Il informe avoir créé Word of the day afin de soutenir la langue créole. Une mission qui lui tient à cœur, soutient-il d’ailleurs. Il a récemment mis sur pied la “Haitian Card Revoked”. Un jeu qui consiste non seulement à instruire la communauté, mais également à mettre en avant la culture haïtienne. Elle a été fondée à l’occasion du “Heritage month” américain, le mois de l’héritage.

Pour expliquer sa propension à faire de l’Edu-tainemaint, le jeune homme de trente et une années explique qu’il y a une étude qui soutient qu’il y a deux moyens par lesquels, indéniablement l’homme retient des informations : en riant et quand il se fait insulter. Comme illustration, il met avant le fait que des élèves apprennent mieux face à un professeur qui est plaisant que face à un dur.

Même s’il vit aux Etats-Unis où il entretient un rapport de proximité avec la communauté haïtienne, Sejoe reste très proche d’Haïti et y revient souvent. Mais les gens à savoir qu’il est présent à ce moment donné sont très peu, car paradoxalement à son métier qui le met au devant de la scène, Sejoe affirme ne pas être quelqu’un de flashy “M pa renmen moun wè m. Donk lè m vini, m pa fè bri.”

Pas encore marié, ni fiancé ni même en couple, Sejoe n’est pas non plus père, c’est un passionné des jeux vidéos. À la question concernant ses passions dans la vie, les mots “video games” sortent sans l’ombre d’une hésitation de sa bouche qu’il avait au départ de notre entrevue qualifiée de “Djòl”. Les jeux vidéos font partie de ses principaux passe-temps. “Je ne sors pas beaucoup. Je n’aime pas sortir. Si on vient me voir à la maison, c’est bon mais sinon je n’aime pas sortir.” Se décrivant comme un solitaire respectueux, Sejoe a indiqué que l’un de ses plus grands défauts est de ne pas s’attendrir sur les feelings des gens. Tout en étant respectueux, il n’est pas de ceux à rester des années à s’attendrir sur un fait. “I really don’t care a lot. Sa se yon gwo defo”. Il fait également partie de ces gens qui ne se fâchent pas pour un rien, sinon jamais.

S’étant produit à de nombreux endroits où la diaspora haïtienne réside tels que la France, le Canada ou encore des villes américaines comme New York, Miami, DC, Sejoe indique qu’il souhaite surtout produire. Son objectif est certes de faire des films en anglais, français mais avant tout en créole, car l’un de ses objectifs premiers est de promouvoir la langue créole partout à travers le monde.

Autour de l’humour, Sejoe souhaite que le domaine se développe dans le pays et qu’il y ait plus d’initiatives comme Lol Fest, quoiqu’il ait spécifié avoir eu de petits accros dans la manière dont il a été traité. Pourtant son plus grand souhait est de revenir jouer en Haïti, mais pour un plus large public.

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